Nous en sommes maintenant aux trois quarts de notre aventure. Le 21 février, nous partons pour l’île de Saba. C’est une petite île néerlandaise isolée, au sud-ouest de St-Martin, assez difficile d’accès, que ce soit par les airs ou par la mer. Il est nécessaire d’avoir des vents d’est, les vagues et la houle doivent être au minimum pour éviter de se faire trop brasser une fois ancré. Saba ne compte qu’un peu plus de 1000 habitants, mais les paysages sont, paraît-il, à couper le souffle. La traversée dure environ 5h et le vent d’est est favorable, la houle est de moins de 2m, les conditions sont quasi idéales. Nous voilà donc partis à la découverte de ce coin reculé des Caraïbes. L’approche est impressionante et l’île dégage une allure mystérieuse, digne d’un film de Jurassic Park.
Des bouées de mouillage sont offertes aux visiteurs (moyennant un très faible coût) du côté ouest de l’île, là où la protection est la meilleure. Nous nous arrêtons tout juste devant Ladder Bay, là où plus de 800 marches ont été façonnées à même le roc au XIIIe siècle. Ces marches furent le seul moyen d’accéder à l’intérieur de l’île jusqu’au milieu du XXe siècle. Nous voyons ici l’ancien poste frontalier où un douanier contrôlait jadis cet unique accès.
En fin de journée, nous partons en annexe jusqu’au port pour enregistrer notre arrivée à la douane et payer nos frais de séjour et de bouée. Le trajet dure plus de 30 minutes dans des vagues de 2 à 3 pieds. Les éclaboussures sont au rendez-vous! Le seul port de l’île, situé à Port Bay, donne l’impression d’un port de pêche du grand nord québécois. Quelques industries, quelques véhicules, des conteneurs. D’ailleurs, à notre grande surprise, le bureau de douane est justement l’un de ces conteneurs.
Tout se passe sans problème, les gens de Saba sont très accueillants et beaucoup plus accommodants que leurs homologues dans les Îles Vierges ou à St-Martin par exemple… Le Soleil termine sa course, la journée tire à sa fin. Retour au bateau, ça brasse! On soupe et on se couche.
À l’exception d’Olivier, tout le monde a mal dormi à cause du fort roulis. Comme ça ne s’annonçait pas mieux pour la nuit à venir, on décide d’aller à terre pour visiter l’île (nous n’avions pas surmonté tout ça pour rien quand même!) et d’y rester une nuit pour ne pas laisser une autre chance à la mer de nous rendre malade. Nous abandonnons donc momentanément notre cher Marsanne… Va-t-on le retrouver intact? Arrivés à terre, un aimable chauffeur de taxi nous indique qu’il ne reste qu’une chambre disponible dans toute l’île. Il appelle l’hôtel en question qui confirme ses dires. Nous nous empressons donc de nous y rendre pour réserver. Et c’est à partir de là que nous avons découvert la véritable nature de Saba. La route qui relie le port et les villages est très impressionnante! Les paysages sont à couper le souffle! L’inclinaison des rues, qui atteint 40%, donne le vertige!
Nous sommes tellement ébahis par la vue, le regard fixé dans le vide alors que nous empruntons la seule route de l’île qui longe d’abruptes falaises, que nous ne nous rendons même pas compte que le chauffeur tourne dans un cul-de-sac. La camionnette qui semble avoir bien souffert sur ces routes tortueuses s’immobilise. Pourtant, rien autour de nous ne semble indiquer la présence d’un quelconque hôtel. Le chauffeur nous explique que l’Ecolodge est situé à quelques centaines de mètres et que nous devons emprunter un sentier pour nous y rendre. La végétation qui nous entoure est dense, mais la marche s’avère facile. Nous atteignons finalement le poste d’accueil qui prend notre réservation et qui nous confirme la disponibilité de notre chambre dans l’après-midi.
Malgré sa blessure, Olivier se sent d’attaque et on décide de partir à la conquête du Mont Scenery, le plus haut sommet de l’île (environ 900m). C’est une randonnée d’environ 3h qui compte 1064 marches sculptées dans la montagne. L’expérience est époustouflante! On se croirait en pleine jungle et les points de vue abruptes récompensent largement nos efforts.
Plus de 1000 marches plus tard, nous arrivons au sommet qui, comme à son habitude, se cache dans les nuages. L’atmosphère y est froide et humide. La vue est partiellement bloquée, mais les trous entre les nuages nous laissent gentiment quelques secondes de clarté. Nos yeux s’écarquillent devant un ravin de plusieurs centaines de mètres donnant sur le village de Windwardside. Bonjour le vertige!
Le sourire d’Olivier s’effaça lors de la descente. Le genou qui l’avait si vaillamment amené au sommet commença à montrer des signes de fatigue. La douleur se fit sentir et Alain dû s’improviser en béquille humaine. Le retour vers l’hôtel fut plus long et difficile qu’à l’aller…
À notre arrivée, nous apprenons que cet hôtel se constitue en fait de petites «villas» privées de 14′ x 14′, perchées à flanc de montagne. Excités, nous amorçons notre ascension vers notre futur chez-nous. Nous croisons d’autres cabanes aux allures exotiques, voire rudimentaires, avant d’arriver à la nôtre, nommée Anolis.
Elle comporte deux lits superposés. Olivier échappe à l’échelle à cause de son genou fragile, Alain et Danielle en sont quittent pour le lit supérieur.
On se repose quelques instants (les genoux surtout!) avant de repartir visiter le village The Bottom et avaler un morceau!
Nous nous arrêtons dans une pizzeria pour le dîner, mais nous sommes trop exténués pour respecter les coutumes locales.
Les villages de Saba sont très pittoresques et de nombreuses ruelles courent derrières les petites maisons et leurs jardins colorés. La route principale n’est elle-même pas très large et ne permet par endroit qu’à un seul véhicule de passer à la fois.
Nous terminons notre journée avec un copieux souper au réputé restaurant le Brigadoon. Très bon et la propriétaire était très accueillante! Retour de nuit à notre cabane dans les arbres, le parcours est sensiblement plus fastidieux, mais tout de même sans encombre grâce aux sentiers éclairés et nos lampes frontales. Une bonne nuit de sommeil s’en suit, la seule de tout le voyage pendant laquelle nous n’avons pas été bercés au gré des vagues.
Le lendemain, retour au bateau qui nous attendait sagement.
Eh voilà! C’était notre fabuleuse histoire avec Saba!